

Les jours suivants, le mouvement prend de l'ampleur. L'usine de la Grande Paroisse à Waziers est arrêtée totalement avec 100 % de grévistes et occupation d'usine ainsi que Les Engrais d'Auby. Le pourcentage est un peu moins élevé à l'Usine Poliet et Chausson Ciments à Cantin avec 80 %. Les services publics commencent à se manifester à l'EDF avec 60 % d'absents, à la Sécu.
À Aniche, les verriers mènent la lutte. Après avoir pris quelques précautions, ils éteignent les fours et sont en pointe de la contestation. La fièvre des derniers jours s'amplifie et trouve son apogée le 17. Les grèves se propagent dans toute la région comme une traînée de poudre, dans le public comme dans le privé. Douai n'échappe pas à la règle : l'Usine des Ressorts du Nord, l'Usine Arbel (notre photo), les Etablissements Duquesne-Purina à Courchelettes... De leur côté, les membres des personnels communaux entrent en conflit dans les différentes communes de l'arrondissement.
Voilà que la fosse Gayant est touchée au sein du Groupe de Douai des HN, entraînant avec elle les autres puits du Groupe. Mais la corporation des mineurs éprouve une certaine retenue car elle a encore en mémoire les actions très dures de 1963 qui ont laissé des traces. Elle ne participe que de loin aux mobilisations de mai. D'ailleurs, la Fédération CFTC, restée puissante après la scission de la CFDT, ne veut pas se joindre au mouvement se refusant de participer à des grèves politiques. La paralysie dans les Mines ne sera que partielle.
Dans l'après-midi du 17, les cheminots décident d'arrêter leurs activités dans les gares et dépôts. Le mouvement est spontané. Les derniers trains de voyageurs partent de Douai vers 17 heures. Un ultime convoi gagne Cambrai dans cet horaire approximatif. Sa sécurité sur voie unique n'est plus assurée dans les gares intermédiaires. Dans le triage de Somain, le travail cesse sur-le-champ et les trains de marchandises sont arrêtés sur place et décrochés des motrices.
Les cheminots de la base occupent aussitôt les points névralgiques (centraux téléphoniques, cabines d'aiguillages, bureaux des dépôts) en expulsant fermement les cadres qui s'y sont installés. Il faut empêcher toute velléité d'un service minimum organisé par des « jaunes ». L'ordre de grève est donné par le syndicat CGT, les autres Centrales, en attente d'ordres de leur fédération semblant être prises de vitesse par l'ampleur du débrayage.
Quoiqu'il en soit, le réseau est totalement paralysé dès 19 heures, après l'arrivée des derniers trains partis avant l'ordre de grève. Les gares sont fermées à clef au public et les barrières des cours marchandises cadenassées pour éviter toute intrusion. Elles le resteront longtemps tandis que des comités locaux se forment pour organiser l'occupation des locaux La France et la région commencent à vivre au ralenti.
> (à suivre)
Soyez le premier à donner votre avis